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» PLFSS 2026 : ce que le budget de la Sécurité sociale change (ou pourrait changer) pour les personnes vivant avec une polyarthrite rhumatoïde

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (PLFSS 2026) a été adopté à l’Assemblée nationale le 9 décembre 2025, à une courte majorité, après des semaines de débats très tendus. Ce texte fixe le budget de la “Sécu” pour l’an prochain et comporte plusieurs mesures qui peuvent impacter directement les personnes vivant avec une polyarthrite rhumatoïde (PR) : arrêts de travail, mutuelles, retraites, franchises médicales… Bonne nouvelle toutefois : sous la pression des associations de patients et de nombreux parlementaires, le gouvernement a renoncé au doublement des franchises médicales. Voici ce qu’il faut retenir à ce stade. 

Où en est le PLFSS 2026 aujourd’hui ?

Le PLFSS 2026 a été présenté en Conseil des ministres et déposé à l’Assemblée nationale le 14 octobre 2025. Il arrive dans un contexte de forte tension financière : le déficit de la Sécurité sociale, déjà élevé, passerait de 15,3 milliards d’euros en 2024 à environ 23 milliards en 2025. Le gouvernement affiche la volonté de ramener ce déficit à 17,5 milliards d’euros en 2026, puis de revenir à l’équilibre en 2029.

Après une première lecture mouvementée à l’Assemblée, le Sénat a adopté sa propre version du texte le 26 novembre 2025, par 196 voix contre 119, en réécrivant de nombreux articles et en rétablissant plusieurs mesures rejetées par les députés. Une commission mixte paritaire (CMP), chargée de trouver un compromis entre les deux chambres, n’a pas réussi à se mettre d’accord. Le texte est donc revenu à l’Assemblée nationale pour une nouvelle lecture début décembre.

Le PLFSS 2026 a été adopté à l’Assemblée nationale en nouvelle lecture le 9 décembre 2025, par 247 voix contre 234 et 93 abstentions. Le Sénat doit l’examiner à son tour le 12 décembre, avant un ultime passage à l’Assemblée et une promulgation prévue d’ici la fin de l’année. 

Un texte construit sur une logique d’économies

Pour comprendre la philosophie générale du PLFSS 2026, il faut partir des chiffres. Selon le dossier de presse officiel, l’effort global demandé est de l’ordre de 11,2 milliards d’euros, dont 9 milliards d’économies nettes en dépenses et 2,1 milliards de mesures en recettes. L’ONDAM – l’objectif national de dépenses d’assurance maladie, qui encadre les dépenses de santé – ne progresserait que de 1,6 % en 2026, un rythme jugé insuffisant par de nombreux acteurs au regard du vieillissement de la population et de l’augmentation des maladies chroniques.

Dans ce cadre contraint, le gouvernement assume vouloir “mieux partager les efforts” entre la Sécurité sociale, les complémentaires santé et les assurés eux-mêmes. Concrètement, cela signifie : plus de contributions pour les patients (franchises et participations), un prélèvement exceptionnel sur les mutuelles et un ralentissement programmé de la progression des pensions de retraite. Ce sont ces trois blocs qui vont, directement ou indirectement, toucher les personnes vivant avec une PR.

Un budget adopté… mais encore sous le regard du Sénat et du Conseil constitutionnel

Le 9 décembre 2025, l’Assemblée nationale a adopté le PLFSS 2026 en nouvelle lecture, avec 247 voix pour, 234 contre et 93 abstentions. Cela ouvre la voie à son adoption définitive, même s’il reste encore une navette avec le Sénat et un possible contrôle du Conseil constitutionnel sur certains articles. Les grandes lignes financières et politiques du texte sont cependant fixées. 

Pour les patients, cela signifie que les mesures dont on parle depuis plusieurs semaines ne sont plus de simples hypothèses : certaines entrent réellement en vigueur en 2026, d’autres ont été retirées ou profondément modifiées.

Franchises médicales : le doublement abandonné… après une forte mobilisation

Le doublement des franchises médicales et des participations forfaitaires était l’un des points les plus explosifs du projet. Il prévoyait, entre autres, de faire passer la franchise par boîte de médicament de 1 à 2 €, celle sur les consultations de 2 à 4 €, et de doubler les plafonds annuels. 

Dès l’été puis à l’automne, France Assos Santé et de nombreuses associations de patients se sont publiquement opposées à cette mesure, dénonçant une atteinte au droit à la santé et un risque accru de renoncement aux soins pour les personnes malades, en particulier celles vivant avec une maladie chronique ou en ALD.

En tant que membre de France Assos Santé, l’ANDAR s’est inscrite dans cette mobilisation : prises de position communes, relais auprès des parlementaires, témoignages de patients sur l’impact réel du reste à charge. Ces alertes répétées ont pesé dans le débat public, aux côtés de celles d’autres acteurs de la santé.

Le 5 décembre 2025, la porte-parole du gouvernement a finalement annoncé qu’il n’y aurait pas d’augmentation des franchises médicales dans le PLFSS 2026. 

Autrement dit, les patients, y compris ceux en ALD comme la PR, ne verront pas leurs franchises doublées par la loi. C’est une avancée importante, arrachée dans un contexte où la tentation était forte de faire porter les efforts financiers sur les personnes ayant le plus recours au système de soins.

Mutuelles : une taxe exceptionnelle… avec gel annoncé des tarifs en 2026

Autre mesure majeure : le texte acte une taxe exceptionnelle sur les complémentaires santé. La contribution, initialement envisagée à 2,05 %, a été relevée à 2,25 % sur une partie des cotisations, pour financer notamment le coût de la suspension de la réforme des retraites en 2026. 

 

Officiellement, cette taxe est présentée comme temporaire et “supportable” par les organismes complémentaires, avec en contrepartie un engagement politique à geler les tarifs des contrats en 2026. Mais de nombreuses voix s’inquiètent d’un report de cette charge sur les assurés, soit à moyen terme, soit via des ajustements de garanties.

 

Pour les personnes vivant avec une PR, qui ont souvent besoin d’une bonne complémentaire pour couvrir les soins, examens et restes à charge, c’est un sujet de préoccupation important. L’ANDAR, avec d’autres associations, mettra cette question sous surveillance : un gel officiel en 2026 ne suffit pas si, dès 2027, les cotisations repartent à la hausse.

Arrêts de travail : une limitation encadrée à un mois, avec renouvellement à deux mois

Le PLFSS 2026 introduit une mesure qui touche directement le quotidien des personnes en arrêt maladie : la limitation de la durée des arrêts de travail. La loi prévoit désormais que la durée maximale d’un arrêt ne pourra pas dépasser un mois pour une première prescription et deux mois pour chaque renouvellement. 

 

Initialement, le gouvernement envisageait des durées plus strictes (15 jours en ville, 30 jours à l’hôpital), mais un amendement parlementaire est venu harmoniser et assouplir ces plafonds en fixant un mois dans tous les cas, avec renouvellements par périodes de deux mois. 

 

Important : cette limitation n’interdit pas des arrêts plus longs. Le texte prévoit que le médecin pourra déroger à ces durées s’il justifie médicalement la situation du patient, en particulier à partir des recommandations de la Haute Autorité de Santé lorsqu’elles existent. Autrement dit, les arrêts pourront dépasser un mois ou deux mois si l’état de santé l’exige, mais il faudra le documenter plus clairement. 

 

Pour les personnes vivant avec une PR, cette mesure risque d’entraîner davantage de consultations pour renouveler les arrêts, et un contrôle plus serré des situations qui s’inscrivent dans la durée. L’ANDAR restera attentive à ce que cette limitation n’aboutisse pas, dans les faits, à une pression supplémentaire sur les patients dont la maladie rend le maintien en emploi particulièrement difficile.

Retraites et pensions : suspension de la réforme, mais pas de gel des pensions

Le texte comporte aussi des mesures sur les retraites qui peuvent intéresser les personnes en situation de maladie chronique ou d’invalidité. L’Assemblée a acté la suspension de la montée en charge de la réforme des retraites jusqu’en janvier 2028 : l’âge légal reste fixé à 62 ans et 9 mois pendant cette période, avec une durée d’assurance requise de 170 trimestres pour le taux plein. 

 

En revanche, une mesure très contestée de gel général des pensions et minima sociaux, qui aurait permis à l’État de faire des économies massives, a été supprimée au fil des débats. Cette suppression est une autre conséquence des mobilisations, y compris associatives, contre une politique jugée trop défavorable aux plus fragiles. 

 

Même si ces dispositions ne visent pas spécifiquement les personnes atteintes de PR, elles font partie du contexte global de pouvoir d’achat des malades chroniques, qui cumulent souvent coûts de santé, temps partiel contraint, et carrières hachées.

Ce qui ne change pas pour la polyarthrite rhumatoïde

Au milieu de ce flot de chiffres et d’articles, il est important de rappeler ce qui ne change pas. La polyarthrite rhumatoïde demeure reconnue comme affection de longue durée exonérante. Cela signifie que les soins directement liés à la PR (consultations de rhumatologie, bilans, examens d’imagerie, traitements de fond, y compris biothérapies) restent pris en charge à 100 % du ticket modérateur par l’Assurance maladie, sous réserve que le protocole de soins ALD soit bien établi et mis à jour.

En revanche, comme pour toutes les ALD, cette prise en charge à 100 % n’annule pas les franchises médicales ni les participations forfaitaires. Celles-ci continuent de s’appliquer (sauf si l’on fait partie des publics exonérés) et peuvent atteindre, demain, jusqu’à 200 € par an. Elles ne couvrent pas non plus tout ce qui entoure la maladie : aménagements du logement, aides à domicile, consultations qui ne sont pas strictement rattachées à la PR, ou encore certains soins de support (psychologue, diététicien, activité physique adaptée) dont la prise en charge reste très variable selon les territoires.

Le rôle de l’ANDAR : informer, alerter, représenter

Pour une association de patients comme l’ANDAR, le PLFSS 2026 n’est pas un texte abstrait. C’est un cadre qui, pendant un an (et souvent bien au-delà), va conditionner la réalité des parcours de soins des personnes vivant avec une polyarthrite rhumatoïde. L’ANDAR, au sein de France Assos Santé et des autres collectifs, suit les discussions parlementaires, analyse les projets de décrets, et fait remonter la parole des patients : renoncements aux soins, difficultés financières, obstacles rencontrés en pharmacie ou à l’hôpital. 

Son rôle est aussi d’expliquer en langage clair : ce que veut dire “doublement des plafonds de franchises”, à quoi correspond une “taxe exceptionnelle sur les complémentaires santé”, ou encore ce qu’implique, dans la vraie vie, une limitation de la durée des arrêts de travail. En tant que patient, aidant ou professionnel de santé, vous pouvez compter sur l’ANDAR pour continuer à décrypter ces évolutions, à proposer des ressources pratiques, et à plaider pour que les économies nécessaires ne se fassent pas au détriment de celles et ceux qui n’ont pas choisi d’être malades.

Dans quel délai le PLFSS doit-il être voté ? 

Le Parlement dispose en principe d'un délai de 50 jours pour se prononcer. Sinon, le PLFSS pourrait en théorie être adopté par ordonnancesAucune loi de finances spéciale n'existe en l'absence d'adoption du PLFSS.