La VS — ou « vitesse de sédimentation des globules rouges » —, aussi connue sous le nom d’ESR (Erythrocyte Sedimentation Rate), est un ancien test sanguin (grandement utilisé depuis le début des années 1920) utilisé pour évaluer la présence d’une inflammation dans le corps. Le principe est simple : on prélève du sang, on le place dans un tube vertical (souvent un tube « Westergren »), et on mesure en millimètres combien de globules rouges se déposent au fond du tube après une heure.
Ce test est dit “non spécifique” : une VS élevée peut traduire une inflammation, mais aussi d’autres facteurs — l’âge, le sexe, certains troubles sanguins ou chroniques, le taux de protéines dans le sang, etc.
Pendant des décennies, la VS a été largement utilisée, notamment en rhumatologie, en médecine générale, ou pour dépister des infections, des maladies auto-immunes ou des cancers.
Pourquoi la VS est aujourd’hui remise en cause
En novembre 2025, la HAS a publié un rapport formel dans lequel elle recommande de ne plus prescrire la VS en routine, dans la très grande majorité des cas.
Son constat est sans appel : la VS présente une pertinence médicale insuffisante, en raison de sa faible spécificité (elle monte ou descend pour des raisons qui ne sont pas nécessairement liées à une inflammation) et de sa faible reproductibilité selon les laboratoires, ce qui rend son intérêt clinique limité.
En clair, dans un contexte où des examens plus fiables existent, la VS ne répond plus aux exigences de qualité d’un suivi moderne.
CRP : le marqueur de référence maintenant privilégié
À la place de la VS, la HAS — et de nombreux professionnels de santé — privilégient désormais la Protéine C‑réactive (CRP). Contrairement à la VS, la CRP est une protéine produite par le foie en cas d’inflammation, infection ou lésion tissulaire, et elle monte rapidement (en quelques heures) lorsque l’inflammation débute, et redescend tout aussi vite quand l’inflammation cède.
Des études comparatives montrent que la CRP est plus sensible et plus spécifique que la VS pour détecter un “syndrome inflammatoire”, elle reflète mieux les évolutions cliniques, les poussées, les réponses au traitement.
Autrement dit, la CRP offre un marqueur beaucoup plus fiable pour surveiller l’inflammation, ce qui permet des décisions médicales plus précises, surtout pour des maladies chroniques ou fluctuantes.
Que change la décision de la HAS pour les patients et en particulier pour les personnes vivant avec une PR
La recommandation de la HAS a plusieurs conséquences concrètes :
Dans la plupart des cas, la VS ne sera plus prescrite. Si vous avez l’habitude de la voir sur vos bilans, elle devrait disparaître.
À la place, la CRP sera, le plus souvent, le marqueur utilisé pour suivre l’inflammation, ce qui rendra le suivi plus fiable, plus pertinent, plus réactif.
Pour une maladie comme la PR, qui évolue par poussées, avec des phases d’aggravation ou de stabilisation, ce changement serait positif : les médecins peuvent ainsi mieux détecter les poussées, ajuster les traitements, et suivre plus finement l’état inflammatoire… c’est pourquoi ils le font déjà !
Dans certains cas particuliers (pathologies rares, infections osseuses, hémopathies, inflammations “basses”, etc.), la VS pourra encore être utilisée en complément, mais seulement sur indication précise.
Pourquoi c’est une évolution importante
La VS, parce qu’elle est influencée par de nombreux facteurs non-inflammatoires, pouvait donner des faux positifs (VS élevée sans inflammation réelle) ou des faux négatifs (VS normale alors qu’il y a inflammation). Ces imprécisions pouvaient générer des confusions, des retards dans les diagnostics ou des inquiétudes injustifiées pour les patients.
En adoptant la CRP comme référence depuis de nombreuses années, le suivi en rhumatologie est plus moderne, plus scientifique, plus utile. Ce marqueur réagit vite, suit fidèlement l’évolution de l’inflammation, et permet d’évaluer l’efficacité des traitements.
Ce qu’il faut savoir si vous avez une polyarthrite rhumatoïde
Si vous vivez avec une polyarthrite rhumatoïde, voici ce que cela implique concrètement :
Ne soyez pas surpris si la prochaine fois votre prise de sang ne mentionne plus la VS. C’est normal, c’est la recommandation nationale.
Vérifiez que la CRP est bien présente, si c’est désormais l’outil le plus fiable officiellement pour suivre l’inflammation, les rhumatologues y ont recours depuis longtemps !
En cas de poussée, de douleurs, de fatigue, de raideurs : c’est surtout la CRP (et les signes cliniques) qui comptent.
Si votre médecin prescrit encore la VS, n’hésitez pas à lui poser la question : « pour quelle raison ? », c’est probablement parce qu’il existe un contexte précis, exceptionnel, qui justifie un complément.
Une modernisation bienvenue mais qui appelle vigilance
La décision de la HAS illustre une modernisation bienvenue du suivi des inflammations. Mais comme toute évolution, elle suppose que patients comme professionnels soient informés. Il est important que ce changement soit accompagné d’explications simples, pour éviter les confusions.
Nous continuerons de surveiller la mise en œuvre de cette recommandation, de relayer l’information auprès des patients, et d’encourager un suivi médical éclairé, fondé sur des marqueurs fiables.