Depuis l’automne 2025, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a lancé une phase pilote de “e-notice”, la notice numérique des médicaments accessible via un QR code sur certaines boîtes.
Pendant deux ans, ce dispositif va être testé en pharmacie de ville et à l’hôpital, sans faire disparaître la notice papier en officine. Objectif : faciliter l’accès à une information fiable, toujours à jour, tout en réduisant l’usage du papier. Que faut-il en retenir quand on vit avec une maladie chronique comme la polyarthrite rhumatoïde (PR) ?
Qu’est-ce que la e-notice, exactement ?
La e-notice, c’est tout simplement la version numérique de la notice de médicament. En réalité, elle existe déjà depuis plusieurs années : toutes les notices des médicaments commercialisés en France sont consultables en ligne sur la Base de données publique des médicaments (BDPM), gérée par l’ANSM, via le site e-notice.fr.
La nouveauté, depuis l’automne 2025, c’est que certaines boîtes de médicaments portent désormais un QR code. En le scannant avec l’appareil photo d’un smartphone ou d’une tablette, le patient ou le professionnel de santé accède directement à la notice numérique du médicament, hébergée sur la BDPM.
Cette notice en ligne contient les mêmes informations que la notice papier (posologie, indications, contre-indications, effets indésirables, précautions d’emploi…), mais avec plusieurs atouts supplémentaires : elle est actualisée tous les mois, reflète les dernières données de sécurité et peut intégrer des contenus enrichis comme des vidéos de bon usage ou des dossiers thématiques.
Une phase pilote de deux ans, en ville et à l’hôpital
La France a choisi de tester la e-notice dans le cadre d’une phase pilote de deux ans, à partir de l’automne 2025, dans le sillage d’autres pays européens et de la réforme de la législation pharmaceutique portée par la Commission européenne.
Environ 600 médicaments sont concernés : près de 170 en pharmacie de ville (paracétamol adulte, statines, inhibiteurs de la pompe à protons, certains vaccins…), et environ 420 à l’hôpital (anticancéreux, antibiotiques, thérapies innovantes, médicaments pour maladies rares, etc.).
Les modalités ne sont pas tout à fait les mêmes selon le lieu de soins. En ville, la notice papier reste pour l’instant dans la boîte, et le QR code vient s’y ajouter : on teste donc une cohabitation papier + numérique, en observant comment les patients et les pharmaciens s’approprient ce nouvel outil.
À l’hôpital, en revanche, pour certains médicaments, les notices papier ont été supprimées des boîtes : l’information est mise à disposition uniquement en version numérique, via les logiciels hospitaliers et la BDPM (Base de Données Publique des Médicaments). L’idée est aussi de réduire l’empreinte écologique globale des produits de santé, tout en s’appuyant sur un environnement où le patient a moins souvent accès directement à la notice glissée dans la boîte.
Comment les patients accèdent-ils à la e-notice ?
En pratique, en pharmacie de ville, le fonctionnement est simple : le patient repère le QR code sur la boîte de son médicament, ouvre l’appareil photo de son téléphone, scanne le code, puis est redirigé automatiquement vers la notice numérique sur e-notice.fr.
Pour celles et ceux qui ne sont pas à l’aise avec le numérique, les pharmaciens sont invités par l’Ordre et par l’ANSM à accompagner les patients, à expliquer le principe de la e-notice et à répondre aux questions. Des supports d’information spécifiques ont été conçus pour eux, ainsi que pour les patients, afin d’expliquer ce nouveau dispositif.
Important à rappeler : le patient peut toujours utiliser la notice papier présente dans la boîte. La e-notice n’enlève rien, elle vient en plus, comme un outil supplémentaire pour celles et ceux qui ont un smartphone et souhaitent bénéficier d’une information plus lisible et plus facilement actualisée.
Quels bénéfices attendus pour les malades chroniques ?
Quand on vit avec une polyarthrite rhumatoïde, on est souvent amené à prendre plusieurs médicaments au long cours : traitements de fond (csDMARD, biothérapies, tsDMARD), antalgiques, anti-inflammatoires, parfois traitements pour des comorbidités (statines, IPP, antihypertenseurs, etc.).
La e-notice peut offrir plusieurs avantages concrets :
D’abord, un accès à une information toujours à jour. En cas de modification de la notice (nouvelle mise en garde, effets indésirables mieux connus, précisions sur les interactions), la version numérique est mise à jour chaque mois, alors que la notice papier peut rester en circulation longtemps avec une ancienne version.
Ensuite, une meilleure lisibilité. Sur le site e-notice.fr, la notice peut être affichée en grands caractères, avec un contraste adapté, ce qui peut être précieux pour des patients ayant des difficultés visuelles, de fatigue ou de concentration. Le flyer grand public de l’ANSM insiste d’ailleurs sur le fait que la e-notice est “toujours à jour, toujours lisible, toujours avec vous”.
Enfin, des contenus pédagogiques additionnels peuvent accompagner certains médicaments très utilisés : vidéos expliquant le bon usage, rappels de sécurité, liens vers des documents thématiques. Ces supports, validés par l’ANSM, peuvent aider à mieux comprendre les consignes, là où la notice papier reste parfois difficile à lire ou à interpréter.
Quelles limites et quels points de vigilance ?
Tout le monde ne dispose pas d’un smartphone récent, d’un forfait data ou d’une bonne connexion. Certaines personnes, en particulier parmi les plus âgées ou les moins à l’aise avec le numérique, peuvent se sentir exclues par ces nouveaux outils. C’est un point sur lequel l’ANSM dit vouloir être vigilante, en évaluant précisément l’accessibilité réelle des notices numériques durant la phase pilote.
Pour les patients hospitalisés, la suppression de la notice papier dans certaines boîtes pose aussi la question de l’accès direct à l’information par le patient. L’ANSM indique qu’une réflexion spécifique doit être menée dans ce contexte, en s’appuyant notamment sur les équipes soignantes pour relayer les informations clés.
Un autre point de vigilance concerne la qualité et la neutralité des contenus enrichis (vidéos, dossiers “bon usage”). L’ANSM encadre ces contenus via un cahier des charges et un contrôle des laboratoires participants, mais il sera important de s’assurer, dans la durée, que ces supports restent au service de l’information des patients, et non d’un objectif promotionnel.
Ce qui ne change pas pour l’instant
Pour les personnes prenant des traitements au long cours pour une PR, il est rassurant de rappeler que :
Les notices papier restent présentes dans les boîtes en pharmacie de ville pendant toute la durée de la phase pilote. Aucune obligation d’utiliser le QR code.
Toutes les notices restent accessibles gratuitement sur la Base de données publique des médicaments (e-notice.fr), même sans passer par le QR code : il suffit de rechercher le nom du médicament.
La e-notice ne modifie ni la composition, ni l’autorisation de mise sur le marché, ni la prise en charge de vos médicaments : elle ne change que la façon d’accéder à l’information.
Cette phase pilote est avant tout un test, qui donnera lieu à des évaluations quantitatives (usage des QR codes, nombre de consultations en ligne) et qualitatives (enquêtes, formulaires de satisfaction) auprès des patients et des professionnels.
Le rôle des associations comme l’ANDAR
L’ANSM indique avoir associé des associations de patients à la préparation de cette phase pilote, via un comité de suivi réunissant également des professionnels de santé et des industriels.
Pour une association comme l’ANDAR, ce type de dispositif soulève plusieurs enjeux : s’assurer que l’information numérique reste comprise, accessible et utile pour les personnes vivant avec une PR ; veiller à ce que la transition ne creuse pas les inégalités entre patients très équipés et à l’aise avec le numérique, et ceux qui le sont moins ; remonter les retours de terrain (positifs comme négatifs) auprès des autorités.
En tant que patient, si vous testez la e-notice et que vous avez des retours à partager (difficultés, points forts, idées d’amélioration), n’hésitez pas à en parler à votre pharmacien, à votre médecin… et à l’ANDAR.