Très prescrits en France, les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) sont utilisés pour traiter le reflux gastrique, les ulcères ou protéger l’estomac lors de certains traitements.
Mais depuis plusieurs années, leur utilisation prolongée suscite des interrogations :
👉 ces médicaments augmentent-ils le risque de cancer ?
👉 peuvent-ils fragiliser les os ?
De nouvelles données scientifiques permettent aujourd’hui de mieux répondre à ces questions.
Les IPP (inhibiteurs de la pompe à protons) diminuent l’acidité de l’estomac. 
Ils sont prescrits notamment pour :
reflux gastro-œsophagien (brûlures, remontées acides),
ulcère / gastrite,
protection gastrique dans certains cas (selon traitements et facteurs de risque).
Exemples : oméprazole, ésoméprazole, pantoprazole, lansoprazole…
Une étude publiée en 2026 dans le British Medical Journal apporte un message globalement rassurant pour les personnes prenant des IPP au long cours.
Les chercheurs ont analysé les registres de santé de cinq pays nordiques sur une période exceptionnelle de 26 années, en comparant plus de 17 000 personnes atteintes d’un cancer gastrique à plus de 170 000 témoins issus de la population générale.
Après avoir pris en compte de nombreux facteurs pouvant influencer le risque de cancer : âge, tabagisme, obésité, diabète, infection à Helicobacter pylori ou traitements associés, les résultats montrent :
👉 aucune augmentation du risque de cancer de l’estomac chez les utilisateurs d’IPP au long cours.
Cette conclusion vient répondre à une inquiétude ancienne. Depuis les années 1980, certains travaux avaient suggéré un possible lien entre diminution prolongée de l’acidité gastrique et développement de lésions précancéreuses. Mais ces études présentaient souvent des limites méthodologiques importantes.
Les nouvelles données ne confirment pas cette hypothèse.
Si les résultats sont rassurants concernant le cancer gastrique, la question des effets à long terme des IPP demeure.
Présentée lors du congrès 2025 de la Société Française de Rhumatologie, une vaste étude française menée à partir des données nationales de santé (SNDS) s’est intéressée au risque de fractures chez les personnes exposées longtemps à ces traitements.
Les chercheurs ont observé qu’une utilisation prolongée des IPP était associée à une augmentation modérée du risque de fracture ostéoporotique, estimée à environ 16 % après ajustement sur les autres facteurs de risque.
Les fractures concernaient principalement :
la hanche,
les vertèbres,
le poignet,
l’humérus.
Les spécialistes restent prudents dans l’interprétation de ces résultats.
Les personnes prenant des IPP présentent souvent davantage de pathologies associées ou de traitements susceptibles d’influencer la santé osseuse. Les IPP pourraient donc parfois être un marqueur de fragilité globale, plutôt qu’une cause directe.
Par ailleurs, les études ne montrent pas systématiquement de diminution de la densité minérale osseuse chez ces patients, ce qui laisse encore ouverte la question du mécanisme biologique impliqué.
Un enjeu particulier chez les personnes atteintes de maladies chroniques
Chez les personnes vivant avec une maladie inflammatoire chronique comme la polyarthrite rhumatoïde, la vigilance osseuse est déjà importante.
L’inflammation chronique, certains traitements comme les corticoïdes ou la diminution de l’activité physique peuvent en effet favoriser l’ostéoporose. Dans ce contexte, la prescription prolongée d’un IPP doit simplement faire l’objet d’une réévaluation régulière.
Trouver le bon équilibre
Les IPP restent des médicaments efficaces et souvent indispensables.
L’enjeu actuel n’est pas de les éviter, mais de s’assurer qu’ils sont utilisés à la bonne dose et pour la bonne durée.
Les recommandations actuelles insistent ainsi sur :
une prescription adaptée à l’indication réelle,
une réévaluation périodique du traitement,
et l’absence d’arrêt brutal sans avis médical.